Si il est une exposition « à thèse » cet hivers à Paris c’est bien celle organisée par Jean Clair. Présentée dans une prestigieuse institution (le Grand Palais), l’exposition se propose d’explorer le thème de la Mélancolie à travers 250 œuvres s’échelonnant de l’Antiquité à nos jours.
Si chacun s’accorde pour dire que depuis la parodie d’exposition L’Aigle de l’Oligocène à nos jours (Düsseldorf, 1972) de l’artiste Marcel Broothaers, toute exposition thématique est suspecte — courant à tout instant le risque du « fourre-tout » —, c’est sans plus d’hésitation que Jean Clair à monté son projet avec une certaine pugnacité — si on ne croit les déclarations de ce dernier qui raconte à qui veut l’entendre la réticence des « institutionnels » face à son « ambitieux » projet.
L’exposition se présente comme une succession de salles répondant plus ou moins chronologiquement au thème de la Mélancolie. On pénètre dans l’espace d’exposition par le rez-de-chaussée où s’égrène une première série de salle. L’accrochage est sobre avec un soin particulier accordé à la scénographie par Hubert Le Gall. L’ambiance est solennelle, les œuvres judicieusement mises en valeur par l’éclairage et l’accrochage aéré. Tout ici appel à la contemplation et à la méditation malgré le grand nombre de visiteurs. On accède enfin à une étonnante salle verte, très sombre, dans laquelle sont exposés sans réelles distinctions, œuvres d’art et objets scientifiques — dernier clin d’œil aux Cabinets de curiosité avant d’effectuer le « grand saut » dans l’age des Lumières.
Assez scolairement — référence oblige au mythe de la caverne — l’accès aux Lumières s’effectue par le majestueux escalier du Grand Palais. Notre ascension est rythmée par une bande sonore composée de morceaux de musique classique ayant prétendument la vertu de plonger le visiteur un peu plus dans l’ambiance mélancolique. Un mur sur lequel sont inscrites quelques aphorismes et citation fait la jonction entre les deux parties de l’exposition.
Parvenu au premier étage, nous suivons le périple des âmes torturées ponctuées d’œuvres plus ou moins judicieusement sélectionnées par Jean Clair. avant de tomber nez à nez avec une palissade montrant des photographies morbides de David Nebreda annonçant l’époque moderne et contemporaine. Et c’est assurément dans la dernière salle consacrée aux œuvres les plus récentes que le visiteur sera saisi d’une réelle tristesse à défaut de mélancolie. Ici, les œuvres sont alignées à la même hauteur sur un mur blanc sans doute en référence au White Cube moderniste. Les artistes de la modernité sont représentés pour la plupart par des œuvres mineures de leur production mais ayant dans leur titre une référence à la mélancolie telle qu’envisagée par Jean Clair. Le dépouillement de la mise en scène tranche alors avec les salles précédente. L’alignement rigoureux des œuvres fait davantage penser à un peloton d’exécution qu’à une exposition d’art. Au centre de la pièce, une encombrante sculpture de Amsel Kiefer — providentiellement intitulée Melancholia — finit de rendre cette dernière salle antipathique. Paradoxalement, la seule lueur d’espoir semble émerger du géant en cire de Ron Mueck qui se morfond dans un coin de la salle.
Jean Clair n’a jamais fait mystère de son opinion sur l’art moderne et contemporain. Après avoir passé plusieurs années à la tête du Musée Picasso tout en affirmant sa détestation de l’artiste, il réalise avec Melancolie une exposition très personnelle dont on image pour lui la portée libératrice. Cette exposition montre par ailleurs la fascination que la propos de Clair peut exercer sur l’amateur d’art contemporain, fascination principalement due à la radicalité du parti pris — certes discutable — dont fait preuve cette présentation au Grand Palais.
Maxence Alcalde
texte original paru dans Marges 05, juin 2006.
|