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Mélusine,« Métamorphoses »


Cahier du centre de recherche sur le surréalisme, n°XXVI, Lausanne, L’Àge d’Homme, 2006.


Depuis déjà de nombreuses années, la revue Mélusine offre un vaste panorama de la recherche universitaire autour de la mouvance surréaliste. Pour son vingt-sixième numéro, elle se consacre aux « métamorphoses ». Traçant de fait un pont entre la mythologie antique (Ovide) et les œuvres surréalistes, l’épais dossier (17 contributions) offre un tour d’horizon de cette question. Françoise Py qui coordonne le dossier éclaircit ainsi son projet : « […] le surréalisme ne fait-il que prolonger l’art d’Ovide en créant à son tour de nouvelles figures du monstre et de la chimère, ou, ayant fait de la métamorphose le principe même de son art, opère-t-il une transformation radicale de la sensibilité, de l’imaginaire et de la vie ? » (p. 9).
Il s’agit dès lors d’actualiser les mythes antiques au travers de l’aventure surréaliste dans le but de révéler une mythologie moderne qui prendrait racine dans l’inconscient. Écrivains, poètes, peintres, déplacent le curseur du réel, du quotidien ou du banal vers un inconscient prétendument partagé et partageable : un « autre monde ». Les surréalistes ont exploré cet autre monde en suivant des sentiers traditionnels (le récit, la littérature, la peinture), mais aussi au moyen de technologies « modernes » dont le fonctionnement paraît magique au premier abord (la photographie, le cinéma).
Un premier ensemble de textes prend le parti d’études monographiques sur des d’artistes ou des écrivains ayant été marqués — selon les auteurs — par la figure de la métamorphose intime, de la chimère ou du monstre. Il s’agit du cheminement d’André Masson (Sylvain Santi), de l’art brut à travers la vie d’Adolf Wölfli (Georges Bloess), d’une approche biographique de l’œuvre d’Aline Gagnaire (Aline Dallier-Popper), de Raymond Roussel (Anne-Marie Amiot) ou encore de René Daumal (Alessandra Marangoni, Viviane Barry).
Les textes suivants offrent quant à eux une approche plus réflexive en choisissant de s’attacher aux œuvres plutôt qu’aux trajectoires individuelles. Inspiré par l’expression de Gérard de Nerval, Sarane Alexandrian opère une exploration du « supernaturalisme moderne » à travers les œuvres de Victor Brauner, Roberto Matta et surtout Jacques Hérold. Daniel Méaux propose une analyse très motivante des étranges photomontages de la fin des années 1920 d’Artür Harfaux. Les images de Harfaux sont traversées par des corps incomplets, signe d’une phase de transformation de l’humain en fantôme, et rendent palpables les pérégrinations surréalistes. La réponse littéraire aux photomontages de Harfaux pourrait être les nouvelles fantastiques d’André Pieyre de Mandiargues. Marc Kober offre un voyage dans l’œuvre de l’écrivain où se croisent chimères et monstres, deux entités du fantastique qui finissent par se rejoindre chez le conteur. Certaines nouvelles de Mandiargues font appel à l’hybride homme-animal à la sexualité débridée et où s’opère un « pansexualisme » comme fusion des genres dans la bestialité. Animer l’inanimé vers le fantastique est aussi l’axe central adopté par Nadia Ghanem pour l’analyse de Chapeaux Vol-au-vent (1927-1928) de Hans Richter. Œuvre charnière entre dadaïsme et surréalisme, le film de Richter offre une métamorphose de chapeaux melon en êtres fantastiques se révoltant contre leurs propriétaires. Ici, c’est l’objet qui se métamorphose en être vivant comme pour annoncer une nouvelle ère.
Sophie Leclercq revient sur la fascination qu’ont pu opérer les masques amérindiens sur les artistes surréalistes lors de leur exil américain. Les exilés trouvent un destin commun entre leur déracinement et les métamorphoses évoquées par les mythes locaux. Sophie Leclercq s’appuie essentiellement sur les approches de Breton qui ne tarissait pas d’éloges sur les objets océaniens et américains sans oublier que le poète était très actif sur le marché de ce type de produit.
Cette nouvelle livraison de Mélusine parvient à réactualiser les questionnements introduits par les artistes surréalistes et évite les interprétations abusives dont ce mouvement fait régulièrement l’objet. Toutefois, on regrettera le crédit parfois un peu trop facilement accordé aux déclarations d’artistes dont on sait qu’elles restent tributaires de la demande éditoriale de leur temps et de l’autopromotion de l’artiste.

Maxence Alcalde

(note de lecture parue dans Marges06, p.132-133)
 
 

 

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